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Gros argent et espèces menacées: de la Guyane à Paris, le trafic d’oiseaux chanteurs en vue

La tête dans les nuages ​​réveillée par l’oiseau chanteur le plus célèbre du monde, ce doit être une expérience que vous n’oublierez pas. C’est arrivé il y a trois semaines aux passagers du vol Cayenne-Orly. Au milieu du voyage, quatre exemplaires du Curiosité sporophile, plus connue sous le nom de Picolette, parvient à échapper aux bagages dans lesquels un couple les avait cachés.

Après quelques secondes de rêve avec les oiseaux volant dans la cabine, le retour sur terre est moins poétique. Avertis par le capitaine, les douaniers montent à bord de l’avion dès son atterrissage. Le couple est auditionné. Il a été libéré et fait désormais l’objet d’une enquête confiée à l’Office français de la diversité biologique (OFB) sur le commerce des espèces sauvages. Une picolette bien chantée se vend près de mille euros au marché noir de la métropole française.

«Nous n’avions jamais vu cela auparavant, nous sommes toujours surpris par le service des douanes. Il est si rare que le sort de ces quatre oiseaux ait fait l’objet de nombreux débats. Avec Paris Aéroports, la Direction de la protection civile et surtout la compagnie aérienne, nous avons réussi à les ramener en Guyane. Un capitaine les a emmenés peu de temps après. Nous avons eu des nouvelles depuis. Les Picolettes, dont la détention est strictement réglementée et dont le transport est totalement interdit, ont été relâchés dans la nature. «  »

Quatre policiers ont été chargés d’enquêter

L’enquête pour savoir si cette saisie fait partie d’un trafic ou s’il s’agit de simples passionnés ne fait que commencer. Le dossier a été placé au sommet de la pile commerciale que le nouveau service Paris-Petite Couronne (PPC) de l’OFB doit gérer.

Depuis plus d’un an, les quatre policiers ont été confisqués lors de chaque enquête judiciaire sur la découverte d’un animal sauvage. Les oiseaux constitueraient un tiers de leur activité. « Les brochettes sont à fabriquer dans le sud-ouest de la France », grimace Yves Verilhac, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Un combat long et difficile. «Il y a deux semaines, nous avons gagné notre dernière affaire contre les Ortolans en cassation», souligne-t-il. Il a fallu cinq ans pour accepter cette pratique (Cette espèce protégée se déguste pour sa viande tendre, ndlr). »

Une chanson mélodieuse qui sera appréciée des acheteurs

En région parisienne, les espèces protégées sont principalement chassées pour leur chant mélodieux. «Les oiseaux, soit on les mange, soit on les écoute», note amèrement le spécialiste.

D’un autre côté, il est impossible de quantifier l’activité de l’oiseau chanteur. Les crises sont presque toujours aléatoires. «Si, par exemple, des collègues fouillent un marchand et découvrent qu’il fait aussi du commerce d’oiseaux», un policier le met en contexte.

Depuis la mise en place du service PPC à l’OFB au sein du Bureau de la Biodiversité, le Parquet de Paris a dû traiter de plus en plus d’affaires. « Nous sommes passés d’un ou deux cas par an à un ou deux cas toutes les deux semaines », estime une source judiciaire avec méfiance. En France, «porter atteinte à la conservation des espèces animales exotiques» est puni d’une amende de 150 000 euros et de trois ans de prison depuis une loi de 2016.

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Le trafic avec les oiseaux chanteurs augmente-t-il? « C’est possible, mais en réalité on ne le sait pas, se rend compte un enquêteur. Ce qui est certain, c’est que ça nous intéresse beaucoup plus qu’auparavant. Pas seulement parce qu’il s’agit de protéger les espèces. » L’emprisonnement des animaux sauvages est un levier supplémentaire et peu connu pour poursuivre un trafiquant », sourit la même source.

Guyane, pays d’exportation

L’OFB a déjà sensibilisé ses équipes au transport illégal de la Guyane vers la métropole «de nombreuses picolettes» il y a trois ans. Des informations obtenues par le bouche à oreille qui n’étaient pas basées sur une crise d’épilepsie antérieure à celle du vol Cayenne-Orly il y a trois semaines. «Ici, nous avons déjà beaucoup à voir avec la cocaïne exportée vers la France métropolitaine», reconnaît un enquêteur local. L’autre préoccupation est que la possession de picolette est très courante, comme nous l’avons vu sur la série Guyane. De nombreuses personnes en sont propriétaires, parfois même sur leur lieu de travail. Une tradition qui vient du Brésil notamment. «  »

Un concours de chant picolette est même organisé chaque année. Avec des enjeux financiers auxquels on ne s’attendrait pas pour les propriétaires. «Certains gagnants peuvent acheter une belle maison», précise la même source. «Si sa détention est approuvée, son commerce, comme tous les oiseaux du milieu naturel, est strictement interdit par l’arrêté ministériel de 2015», a déclaré Fanny Petitjean du Bureau de la Biodiversité en Guyane.

Début février, après des mois d’enquête, des agents de ce service et de la gendarmerie ont arrêté quatre personnes qui vendaient des oiseaux chanteurs sur le marché de Saint-Laurent du Maroni depuis plusieurs années. Dix picolettes entre 40 et 400 euros étaient vendues chaque jour de marché. Les oiseaux ont été achetés dans divers endroits de l’ouest de la Guyane et du Suriname. Sur les 37 oiseaux chanteurs, 34 auraient pu être relâchés directement dans l’environnement naturel. Malgré ce type d’opération ponctuelle, il est également impossible d’estimer l’évolution du trafic d’oiseaux chanteurs.

Autre espèce cible, le chardonneret, « l’oiseau à dix euros le gramme »

Il n’y a pas de tradition de la picolette dans la métropole française. En revanche, un autre oiseau chanteur tourne la tête. C’est l’élégant chardonneret. Il se reconnaît à ses couleurs rouge-blanc-noir sur la tête avec une large bande alaire jaune sur le dos et une queue noire. Mais ce n’est pas à cause de son plumage que les trafiquants l’appellent « l’oiseau à dix euros le gramme ».

Ce moineau pourrait imiter n’importe quelle chanson congénère. Il pourrait le sublimer. Les amateurs de chardonnerets lui font même entendre des airs que l’oiseau chanteur reproduit parfaitement. Il est même crédité d’autres pouvoirs. Dans le nord de la France, il a été introduit dans les mines pour empêcher les explosions de lampes à incendies. C’est dans cette région et plus au nord de la Belgique que le commerce du chardonneret est le plus intense.

Le chardonneret européen est l'oiseau chanteur le plus chassé de France.  DR
Le chardonneret européen est l’oiseau chanteur le plus chassé de France. DR

L’Ile-de-France est imbattable. En Essonne ou dans les Yvelines, par exemple, la police surprend régulièrement les braconniers qui attrapent des oiseaux chanteurs en appliquant de la colle sur un bâton au milieu de la forêt. L’élégant chardonneret coûte de 250 à 350 euros.

«Les commandes sont passées sur Internet et les oiseaux sont collectés», analyse l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé. La particularité de ces fichiers: nous sommes dans un petit environnement qui est également complètement global car vous pouvez passer une commande en quelques clics. «La Picolette se vend également de plus en plus via les réseaux sociaux», note le Département de la Diversité Biologique de Guyane.

Marché aux oiseaux de Paris sur liste noire

Mais pas seulement. Vendre sous le capot est également une réalité. «Tous les dimanches, une vingtaine de vendeurs ambulants se trouvent en bordure du marché aux oiseaux de l’île de la Cité à Paris», a déclaré un spécialiste. Les «marchands de partitions», comme les appelle cet éleveur, sont en marge de la réunion hebdomadaire. Lorsqu’un acheteur se présente, nous sortons un oiseau chanteur du coffre d’une voiture et effectuons la transaction.

Ce dimanche 28 février, les commerçants légaux – 13 sont encore autorisés mais il n’y en a que 3 ou 4 occupant réellement un stand – ont hâte de voler dans les enclos de la vingtaine de manifestants de l’association Paris Animaux. Zoopolis. La chanson « Open the Bird Cage » de Pierre Perret est diffusée sur un système de sonorisation depuis plus d’une heure. «Nous voulons des cages vides», réclament des militants des droits des animaux. Et ils savent se faire entendre. Le marché aux oiseaux est devenu indésirable et est en voie de disparition, même si une date n’a pas encore été fixée.

Place Lépine, Paris (IVe), dimanche 28 février.  Une manifestation de militants des droits des animaux a eu lieu près du marché aux oiseaux.  LP / DC
Place Lépine, Paris (IVe), dimanche 28 février. Une manifestation de militants des droits des animaux a eu lieu près du marché aux oiseaux. LP / DC

L’argument quasi-philosophique sur la place des animaux dans notre société n’est pas le seul auquel il est fait référence. « De nombreux délits ont été détectés et sanctionnés sur place, comme la vente d’espèces protégées, la vente à des origines douteuses … » a dénoncé Ariel Weil, le maire (PS) du centre de Paris. Christophe Najdovski, adjoint au maire de Paris en charge de la santé animale, a même déclaré que ce marché de 1860, qui se situe en fait devant la préfecture de police, est devenu « l’épicentre du commerce des oiseaux en Ile-de-France ». Selon lui, « ce commerce se poursuit à ce jour, malgré un certain nombre d’actions menées ».

Un argument qui conduit les derniers marchands comme Franck à sauter «nés sur le marché aux oiseaux». «Nous sommes les premiers à demander des contrôles», dit-il. Et nous devons payer la facture. Où les gens achèteront-ils leurs oiseaux? Ils iront aux grandes marques ». Qu’en est-il de la vente interdite d’oiseaux protégés? «Nous n’en vendons pas», proteste un autre commerçant. Parmi les clients, de moins en moins selon les habitués, presque exclusivement des passionnés.

Treize commerçants sont toujours autorisés à travailler au marché aux oiseaux de l'île de la Cité à Paris.  La date de dimanche sera bientôt révolue.  LP / DC
Treize commerçants sont toujours autorisés à travailler au marché aux oiseaux de l’île de la Cité à Paris. La date de dimanche sera bientôt révolue. LP / DC

Si la vente de rue d’élégants chardonnerets est un sujet qui agace les commerçants, Mahieddine, retraité de Pantin (Seine-Saint-Denis), a des trémolos dans la voix lorsqu’il évoque l’oiseau chanteur. «J’ai passé mon enfance en Algérie et rembobiné ce grand-père. Nous avons tous eu un maknine là-bas (le nom arabe de l’oiseau, ndlr). De temps en temps, il se rend au marché aux oiseaux le dimanche pour partager cet âge d’or avec ses compatriotes. «Il y a des immigrants comme moi dans la région. Écouter le maknine, c’est un peu comme l’enfance. «  »

En a-t-il un à la maison? «C’est interdit aujourd’hui», dit-il. Cette fascination pour cet oiseau chanteur a été récemment évoquée dans la série à succès « In Therapy ». L’écrivain Seham Boutata a même recueilli de nombreux témoignages émouvants dans son livre « La Mélancolie der Maknine » (Ed. Du Seuil). Une passion qui a aussi des conséquences catastrophiques.

La population en chute libre

«En Algérie, la population de l’élégant chardonneret a été totalement anéantie», souligne Yves Verilhac, le directeur de la LPO, qui engage régulièrement des poursuites judiciaires. Les passionnés prêts à enfreindre la loi pour un maknine ont désormais recours au marché noir, notamment à travers le secteur marocain. En France, les oiseaux chanteurs n’ont pas encore disparu malgré le braconnage et l’utilisation de pesticides. Mais le nombre de chardonnerets élégants a baissé de 40% entre 2010 et 2020. Les picolettes sont également de plus en plus rares en Guyane, en particulier dans les zones métropolitaines.

«Ce qui est étonnant, c’est que plus les espèces disparaissent dans le milieu naturel, plus elles deviennent à la mode sur Internet», soupire le siège dans la lutte contre les atteintes à l’environnement. Santé publique. Le commerce des espèces sauvages est désormais le plus important au monde après le trafic de drogue, d’armes et de prostitution.

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