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Farida Ramadan, une égyptienne transgenre en quête de « dignité »



La transgenre égyptienne Farida Ramada dans un entretien à l'AFP le 17 mars 2021 au Caire


© Khaled DESOUKI
La transgenre égyptienne Farida Ramada dans un entretien à l’AFP le 17 mars 2021 au Caire

Farida Ramadan, une femme transgenre de 50 ans, porte un hijab bicolore assorti à son rouge à lèvres khôl et cramoisi.

Issue d’un milieu modeste de Damiette (nord-est), l’ancienne institutrice dit que même enfant elle n’était « pas intéressée par les choses des garçons ».

Adolescente, elle a avoué son identité trans aux autres et s’est attirée « une grande désapprobation » et « un ridicule inimaginable », dit-elle.

Rejetée « par 90 % de la population » à Damiette, elle quitte rapidement la patrie familiale, puis sa région, et tente en vain au Caire et à Alexandrie (nord).

La loi égyptienne « ne reconnaît pas la transsexualité », selon un membre fondateur de Bedayaa, une ONG locale qui défend les droits des personnes LGBTQ+ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queer et autres variations de genre).

Cependant, les statuts du syndicat médical autorisent les opérations de « correction sexuelle » à condition d’obtenir « l’approbation d’un comité spécial » composé de médecins et d’un cheikh d’Al-Azhar, une grande institution islamique sunnite basée au Caire.



La transgenre égyptienne Farida Ramada dans un entretien à l'AFP le 17 mars 2021 au Caire


© Khaled DESOUKI
La transgenre égyptienne Farida Ramada dans un entretien à l’AFP le 17 mars 2021 au Caire

Le comité s’appuie sur une fatwa (édit islamique), selon laquelle la réassignation sexuelle, c’est-à-dire l’opération de réassignation sexuelle, doit être justifiée par un « problème biologique et non psychologique », sous couvert d’anonymat.

La législation de l’Union prescrit « des tests hormonaux, des tests chromosomiques et au moins deux ans de psychothérapie et de traitement hormonal », ce qui exclut de facto de nombreux aspirants d’être réaffectés, même s’il n’existe pas de statistiques officielles sur les personnes.

Pour ne rien arranger, le comité se réunit de manière irrégulière et, selon Bedayaa, le cheikh est parti depuis « au moins deux ans ». Cependant, « aucune opération ne peut être effectuée sans le consentement d’Al-Azhar ».

L’institution n’a pas répondu à la demande de l’AFP.

– la violence –

Faute de moyens, Farida Ramadan a dû faire preuve de patience : opérée en 2016, elle avait commencé ses interventions quinze ans plus tôt et avait obtenu sa licence en 2006.

« Je n’avais pas d’argent : j’ai travaillé, je l’ai mis de côté puis j’ai pris rendez-vous », se souvient-elle.

En 2006, alors qu’elle enseignait pendant 13 ans, elle a été renvoyée pour traitement d’absentéisme.

Sans revenu aujourd’hui, la quinquagénaire avait d’innombrables petits boulots, qu’elle a tous perdus à cause de la stigmatisation.

Les professionnels de la santé et les fonctionnaires les « ont chassés, insultés et attaqués ».

« La situation des hommes trans est mieux acceptée que la nôtre », a déclaré Farida Ramadan.

En mai 2020, l’acteur Hicham Selim a publiquement soutenu son fils transgenre Nour et suscité une vague de sympathie.

Six mois plus tard, après que la presse locale ait mis le Ramadan au premier plan, le ministre de l’Éducation Tarek Chawki a appelé à la télévision à accepter les personnes transgenres, un fait sans précédent.

Mais depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah al-Sisi en 2014, l’oppression des personnes LGBTQ+ en Égypte a augmenté. Le sort de la militante lesbienne Sarah Hegazi, arrêtée et torturée en 2017 pour avoir brandi un drapeau arc-en-ciel lors d’un concert avant de se suicider en exil en 2020, illustre cette tendance.

« Tous les deux Nour et Farida ont reçu un soutien parce que la société considère qu’il s’agit d’une +correction et non d’une conversion sexuelle », explique la militante.

Mais lorsque le premier a publiquement soutenu Sarah Hegazi, « la sympathie générale s’est transformée en colère et en agressivité », ajoute-t-il.

Le ministre avait annoncé publiquement qu’il offrirait un contrat à l’ex-enseignant, mais sa promesse est tombée dans l’oreille d’un sourd.

– ‘Oum Alaa’ –

Depuis quatre ans, Mme Ramadan a trouvé refuge dans le village de Manchiyet Sira (nord). Chaque mois, des résidents pourtant « modestes » les portent, ils sont déplacés pour couvrir leurs dépenses essentielles.

La voisine de 27 ans, Oum Menna, entretient leur amitié.

« On se moque du passé. C’est une créature de Dieu, comme les autres », a-t-elle ironisé à l’AFP sur le fait qu’elle porte le niqab, ce qui ne l’empêche pas de « voir tous les jours » Farida Ramadan avec le surnom « . Oum Alaa « (« Mère d’Alaa »).

Maintenant qu’elle est logée dans une communauté qui l’accepte, elle a toujours du mal à « trouver une vie digne ».

« Je veux juste travailler et arrêter de mendier », martèle l’ancienne enseignante, qui prépare des démarches judiciaires pour faire valoir ses droits.

« Je ne me tairai pas, je suis fatiguée, mais (…) je résisterai jusqu’au bout », promet-elle.

hha / emp / hj / bfi

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